Alain Knapp

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En 1957, Alain Knapp débute ses études en art dramatique au Théâtre-École Marigny, sous la direction d’André Voisin. À sa sortie, il crée plusieurs mises en scène, dont Coréens de Michel Vinaver ainsi que plusieurs oeuvres de Brecht dont Les fusils de la mère Carrar et La vie de Galilée. En 1968, il fonde le Théâtre-Création à Lausanne afin de se consacrer à la recherche et à la création. Puis, en 1977, il crée son Institut pour la Personnalité créatrice. Effectivement, l’enseignement est une partie très importante de son parcours. Ainsi, dès 1983, il est nommé directeur de l’École Supérieure d’Art dramatique du Théâtre National de Strasbourg où il met en scène plusieurs spectacles avec les étudiants. Puis, en 1990, il devient professeur à l’École nationale supérieure des arts et technique du théâtre, où il enseigne jusqu’à 2001. Il poursuit en parallèle à son enseignement, une démarche de metteur en scène où il produira plusieurs textes du répertoire: Marivaux, Molière, Brecht, etc.

L’influence d’Alain Knapp dans le monde théâtral québécois est manifeste. Depuis sa première visite en 1975 jusqu’à aujourd’hui, il a tissé des liens durables avec les artistes d’ici. Tout d’abord par son enseignement: il a été invité à trois reprises à l’École nationale de Théâtre pour donner des stages d’improvisation et monter deux pièces de Brecht puis il a aussi enseigné au Département de théâtre de l’Université du Québec à Montréal. Il a de plus signé une mise en scène de l’École de femmes de Molière au théâtre Denise-Pelletier en 2000. Plusieurs artistes ont suivi ses cours en Europe, dont Robert Lepage, René-Daniel Dubois, Robert Marinier, Michelle Allen et Sophie Prégent.

Mes exercices contribuent doucement à l’essor de l’expression créatrice, sans nier la complexité de l’inconscient mais en l’apprivoisant partiellement.

Alain Knapp, par sa méthode d’enseignement, désire stimuler l’imagination et la curiosité de ses étudiants. Ceux-ci apprennent à explorer avec plaisir et exigence, les complexités et les enjeux des personnages. Souhaitant promouvoir l’autonomie des créateurs, Knapp propose des exercices simples et graduels sur une courte durée. Il veut ainsi éviter le mimétisme des élèves envers le maître et favoriser plutôt la stimulation créatrice ainsi qu’un questionnement aigu chez ses étudiants. En effet, plusieurs exercices découlent d’une minutieuse observation d’un objet, d’une relation ou d’une action. Les étudiants doivent décrire et imaginer plusieurs possibilités quant à chacun. Knapp part très souvent des cinq sens éprouvés lors d’une circonstance ou en rapport avec un objet. L’histoire se développe dans les liens qui se tissent entre les personnages, les actions et les objets.  La subjectivité est primordiale, il veut fuir la banalité et recherche le détail, l’anecdote, la différence que l’étudiant peut puiser à même son imagination individuelle et qui servira à déclencher l’histoire. L’étudiant est en position d’enquêteur envers le personnage afin de constituer son identité. Il se questionne sur chacune de ses actions et chacune de ses paroles qui peut révéler des informations précieuses sur son rapport au monde et ainsi développer des personnages aux personnalités complexes. Knapp considère que ce n’est pas l’action ou la parole en tant que telle qui est intéressante mais bien plutôt de ce qu’elle révèle, par sa manifestation spontanée, de la personnalité de celui qui agit. C’est pourquoi l’improvisation occupe une place primordiale parmi ses exercices. Elle permet l’expérimentation autour des éléments de base du théâtre: le personnage, l’espace, le temps, le verbe et la mise en scène. Par cette méthode d’expérimentation, Knapp explore avec ses étudiants la spécificité du langage théâtral à travers le jeu et l’écriture. Ainsi, cette méthode plaît particulièrement aux artistes multidisciplinaires qui sont à la fois auteur, metteur en scène, acteur et concepteur qui y trouvent un outil précieux afin de construire leurs propres spectacles.

L’oeuvre d’art est le résultat d’une suite de mouvements indéterminés émanant de l’insconcient, expérimentés par l’intuition et vérifiés par la raison.

Les citations sont tirées de l’oeuvre A.K. Une école de la création, Actes-Sud Papiers, Paris, juin 1993, 208p.

Pour en savoir plus sur Alain Knapp, nous vous suggérons les deux articles suivants, disponibles sur le site erudit.org

 De la famille Knapp, Christian Dutil, Jeu: revue de théâtre, 1981
http://id.erudit.org/iderudit/29076ac

Pour une autre pédagogie du théâtre: entretien avec Alain Knapp, Josette Féral, Jeu: revue de théâtre, 1992
http://id.erudit.org/iderudit/27973ac

Nous vous conseillons aussi l’article L’impromptu du parc, d’Alain Knapp, dans le numéro 137 de la revue Jeu, paru en 2010.

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